À la découverte du Dieu inattendu

Publié le par Paulfeuillesdautomne.over-blog.fr

Retraite à l'Abbaye de Belle-Fontaine en janvier 2004

À l'aide du livre de Marie-Noëlle Thabut:

                           "À la découverte du Dieu inattendu",

j'ai essayé de relire ma propre histoire de croyant, sous le regard du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, avec ma foi au Christ ressuscité.
 

Dieu, on m’a appris à prononcer ton nom dès ma plus tendre enfance.

Même si on t’appelait ‘le bon Dieu’, j’ai appris à te craindre, au moins autant qu’à t’aimer.

On m’a parlé de ta grandeur, de ta puissance, de ta force.

Tout cela m’écrasait et m’intimidait un peu.

Je me demande si j’aurais continué à croire en Toi

si je ne m’étais pas laissé séduire et appeler par Jésus, ton Fils.

C’est en lui que j’ai mis mon admiration, mon amour, ma foi.

Et c’est à son école que je suis revenu à Toi, Père.

« Dieu, personne ne l’a jamais vu. Le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui l’a fait connaître » (Jn 1.18)

 

J’ai aimé redevenir ‘chercheur de Dieu’

avec tant d’homme et de femmes qui doutent et tâtonnent.

J’ai choisi pour me guider des maîtres qui parlent de l’humilité de Dieu,

du Dieu différent, du très-bas.

Mais il y a aussi les poètes et les priants qui parlent bien de toi,

comme Grégoire de Nazianze, de Cappadoce, dans cet hymne du 4ème s.

 

« O Toi, l’au-delà de tout, n’est-ce pas là tout ce qu’on peut chanter de toi ? 

quel hymne te dira, quel langage. Aucun mot ne t'exprime.

À quoi l'esprit se rattachera-t-il? Tu dépasses toute intelligence.

Seul, tu es indicible, car tout ce qui se dit est sorti de toi.

Seul, tu es inconnaissable, car tout ce qui se pende est sorti de toi.

Tous les êtres, ceux qui parlent et ceux qui sont muets, te proclamant.

Tous les êtres, ceux qui pensent et ceux qui n'ont point de pensée, te rendent hommage.

le désir universel, l'universel gémissement, tend vers Toi.

tout ce qui est te prie

et vers toi tout être qui pense ton univers fait monter un hymne de silence.

Tout ce qui demeure demeure par toi; par toi subsiste l'universel mouvement.

De tous les êtres tu es la fin, tu est tout être et tu n'en est aucun.

Tu n'es pas un seul être, tu n'es pas leur ensemble.

tu as tous les noms et comment te nommerai-je, Toi le seul qu'on ne peut nommer?

Quel esprit céleste pourra pénétrer les nuées qui couvrent le ciel même?

Prends pitié, Ô toi l'au-delà de tout, n'est-ce pas tout ce qu'on peut chanter de toi? »  

                                                                                                                  

 

Aujourd’hui, Dieu, qui es-tu pour moi ?

Je te tutoie familièrement, comme si je te connaissais intimement…

Je parle de Toi comme si ton mystère m’avait été révélé…

Je te prie malgré tout avec confiance…

J’aime entendre les autres parler et témoigner de Toi…

 

Merci de m’offrir ces 4 / 5 jours de retraite

Pour aller au cœur de la foi biblique, du Dieu inattendu…

Pour me laisser porter par le témoignage de ces moines qui te consacrent leur vie entière…

Pour te redécouvrir tout autre et tout nôtre…

Au fil des ces quelques journées et du livre de M-N. Thabut,

je vais essayer de noter ce que je découvre ou redécouvre de Toi, de mon histoire avec Toi.

 

Comme Noé...        

je voudrais trouver grâce à tes yeux,

Découvrir qu’en dépit de tous les gâchis tu ne peux pas oublier que cette humanité,

c’est Toi qui l’as façonnée de la glaise du sol en y insufflant ton Esprit. 

Tu ne peux pas oublier que tu nous as créés à ton image et ressemblance.

C’est vrai que si nous ne faisons pas Alliance avec Toi

nous risquons d’être ballottés comme fétus de paille.

Mais ne nous as-tu pas créés avec sagesse, avec amour, pour être tes partenaires, tes alliés, tes amis même. N’avais-tu pas conçu pour nous un grand projet d’amour que tu réaliserais un jour pleinement à travers l’incarnation de ton Fils Jésus dans notre race humaine ?

« Béni soit le Père de J-C qui nous a choisis dès avant la fondation du monde pour être des fils » (Eph 1.3-4

 

Comme Abraham...        

je me suis trouvé embarqué dans une aventure de foi aux dimensions insoupçonnées.

Avec l’exode rural, j’ai quitté ma campagne, ma famille, ma chrétienté. « Va pour toi ! »

Est-ce à un appel de Dieu que j’ai répondu ?

Sans doute, mais à travers des conditionnements tels que c’est aussi la réalisation de moi-même que je cherchais. Le couple Abraham/Sara ne serait-il pas resté stérile s’il était resté dans son clan ?

J’ai mis toute ma confiance dans une mission d’Eglise qui m’a entraîné vers des contrées inconnues. Je me suis parfois demandé où tout cela menait et je crois être en train de mesurer que mon Eglise, rajeunie grâce à Vatican II, que la plupart croyaient stérile est grosse d’une fécondité qui pourrait bien concerner des multitudes.

C’est au fur et à mesure du chemin que la lumière m’a été donnée pour répondre de plus en plus consciemment, librement, à ton appel.

Qu’est-ce que tu veux révéler à Abraham à travers l’épisode du sacrifice d’Isaac ?

Que le point limite auquel doit arriver le rapport homme / Dieu, croyant / Seigneur, créateur / créature, est le sacrifice, l’offrande de la vie même, de la vie entière de l’homme. Tout croyant doit être disposé comme Abraham à rendre à Dieu tout ce qu’il a reçu : « Vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu » (Ro 12.1) Moi, j’ai toujours bien du mal à faire mienne la prière de Charles de Foucauld !

"Mon Dieu, je m'abandonne à toi..."

 

Comme Moïse...  

Un jour j’ai eu la chance de gravir l’Horeb, de méditer au sommet du Sinaï et même de voir le fameux ‘buisson ardent’ du Monastère Ste Catherine. Je me suis souvenu de la grande révélation : « Je suis qui je suis ! Je serai qui je serai ! »

Je ne te connais pas beaucoup, Dieu de mes Pères, mais je crois que tu es le Dieu qui toujours vois la misère de ton peuple, qui entend son cri, qui décide d’intervenir en sa faveur. Tu m’as appelé et je t’ai dit « Me voici ». Je me suis solidarisé avec un peuple, un peuple exploité, ce peuple des petits, des humbles, des affamés de justice, des assoiffés de paix.

Tu le connais, Dieu, ce peuple des béatitudes, tu cherches à lui donner le goût de la liberté, tu te révèles à lui, tu l’appelles à choisir la vie, tu l’entraînes dans l’Exode et dans la Pâque de ton Fils.

Dieu, le chemin n’a pas toujours été facile (Ex 4.24), ni clair. Je suis sorti de ma tribu. J’ai même été traité de rebelle. Je me suis souvent senti proche des PO. Fais que je devienne le plus humble des hommes (Nb 12.3) Maintenant que je n’ai plus la force de crapahuter, prends-moi sur tes ailes d’aigle et apprends-moi à voler jusqu’à toi. (Dt 32.12)

 

Comme David...    

Alors que je n’étais qu’un petit gars de la campagne profonde, tu m’as fait « berger » d’une manière imprévue. Tout jeune et peu expérimenté, j’ai du assumer d’importantes responsabilités d’aumônier diocésain et régional d’ACO… au point de devoir prendre les devants pour ne pas risquer d’être appelé aumônier national. Quel « roi » n’aurais-je pas risqué d’être !

J’avais le cœur pur en ce temps-là. Mais qu’il est difficile de garder le cœur pur tout au long d’une vie. J’ai eu à passer quelques caps difficiles. « Ô Dieu, crée pour moi un cœur pur, restaure en ma poitrine un esprit ferme ». Merci, Seigneur, d’avoir été avec moi, de m’avoir fait confiance, de m’avoir donné des frères, de m’avoir aidé à certains moments cruciaux…

Car finalement j’ai eu grande joie à me retrouver « pasteur » d’une communauté chrétienne. C’est peut-être dans ces liens très forts de fraternité et de paternité, de conduite et de docilité, de connaissance et de reconnaissance, que j’ai le mieux été « selon ton cœur », à la manière de Jésus, le bon Pasteur qui aime ses brebis et donne sa vie pour elles…

 

Comme Elie...       

J’ai rêvé d’une foi pure, sinon de purifier la foi ! J’ai abandonné les dévotions, je me suis méfié de la religion populaire. J’aurais pu devenir un farouche intransigeantiste, « toute la foi dans toute la vie », à la suite de l’Abbé Godin, du Père de Foucauld, du Père Chevrier.

J’ai rêvé d’une Eglise jeune épouse sans tache ni ride, profondément renouvelée de l’intérieur et bien armée pour le témoignage de la vérité. Avec les mouvements d’action catholique, c’est jusqu’à une reconquête, à une confrontation avec les grandes idéologies qui prétendaient faire l’histoire, que nous nous mesurions.

Et puis la grande sécheresse de la sécularisation nous a décontenancés et rendus humbles et modestes. Nous nous sommes mis en quête de sources authentiques et de tables d’hôtes où se cuit et se partage le pain de ta parole. Et nous sommes désormais assurés que « jare de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra ».

Je garde la foi et l’espérance en Toi, Dieu vivant. Mais tant de combats m’ont fatigué : « Je n’en peux plus ! Maintenant, Seigneur, prends ma vie car je ne vaux pas mieux que mes Pères » (I Rois 19.4)

Ne me suis-je pas un peu trompé de combat en rêvant pour l’Eglise d’unité, de rayonnement, d’efficacité, de prophétisme même ? Ne me suis-je pas trompé sur Toi en te rêvant puissant ? Au bout de la route, tu m’attends pour te révéler dans un souffle ténu, dans un fin silence…

 

Comme Osée...     

Je sais que ce sont des liens de tendresse, de fidélité, d’amour, que tu veux établir avec moi, avec l’Eglise, avec l’humanité. Mais je n’ai pas son expérience de l’amour humain, du couple, ni de l’infidélité, ni du chagrin, ni de la colère, ni du divorce, ni du pardon… pour en parler de l’abondance du cœur. Je suis même un peu critique et méfiant devant l’inflation du mot « amour » qui peut devenir charabia affectif un peu sentimental.

Pourtant, je crois que tu m’aimes : «Je t’ai appelé par ton nom, tu comptes beaucoup à mes yeux, tu es précieux pour moi, car je t’aime ».(Is. 43)… mais il ne faut pas omettre de garder ce texte dans le contexte des chants du Serviteur. (Is 42 – 53)

Je sais que tu ne cesses de chercher à me parler au cœur, à me séduire, à me combler. Je sais tout ce que j’ai à y gagner à me livrer à Toi sans réticence, ni réserve, à ne pas avoir un cœur partagé. Mais est-ce que je peux te dire en toute loyauté que je t’aime, c’est à dire que je me donne à Toi, que ma joie est d’être avec Toi ? Est-ce que je te connais d’amour ?  « Seigneur, Toi qui sais tout… » (Jean 21.17)

 

Comme Jonas...  

Tu nous as appelé à une mission impossible : annoncer l’évangile en terre païenne, et même « préparer la rencontre collective de la classe ouvrière avec Jésus-Christ » comme on disait avec audace il y a 35 ans.

La classe ouvrière exploitée, révoltée, imprégnée de marxisme, symbole du refus de l’opium du salut chrétien ! Passe encore d’aller évangéliser des contrées lointaines, mais la CO, l’ennemie jurée, risquer l’imprégnation marxiste… quel scandale !

André Jarlan, Oscar Roméro et tant d’autres seront jetés par dessus bord. Mais des militants, des PO, nombreux, se jetteront à l’eau, s’incarneront dans ce peuple et y découvriront une humanité pétrie de valeurs en affinité avec l’Evangile. Ils en arriveront vite à se demander : ‘N’est-ce pas plutôt l’Eglise qui est appelée à sortir de son enfermement, à découvrir que l’Esprit de Dieu nous précède dans le cœur de tout homme ?’

Dieu, fais-moi comprendre que tu nous précèdes sur les routes humaines, que tu ne t’arrêtes à aucune différence de race, de classe, de religion, que tu ne fais pas de différence entre le juif et le païen, et que, si tu as un faible, c’est pour les petits et même les pécheurs, car tu es un Dieu bon et miséricordieux lent à la colère et plein d’amour pour tout homme ;

 

Comme Noémie et Booz...    

Je me laisse toucher, attendrir, par Ruth, la femme étrangère, la femme de cœur, de fidélité, de courage. Comme tant de femmes, on dirait qu’elle ne doute de rien. Elle est sûre et ferme dans ses choix qui sont pourtant risqués. Elle fait confiance à Noémie, à Booz, à Dieu. La Bible la met au rang des femmes de patriarches. Elle est la plus attachantes des grands-mères de David et de Jésus.

Combien de Noémie et de Ruth parmi les femmes étrangéres qui s’affirment aujourd’hui !

Toi, Dieu, qui as choisi une femme, Marie, pour être la mère de ton Fils, fais que les femmes d’aujourd’hui prennent leur place dans l’œuvre de création et de salut

-          comme Marie-Noëlle Thabut et ces mères de famille qui deviennent exégètes, théologiennes

-          comme ces animatrices pastorales qui grandissent en responsabilité… et osent se syndiquer !

-          comme toutes ces grands-mères qui veillent à ce que la petite flamme ne s’éteigne pas,

-          en attendant les femmes diacres ou prêtres ou même évêques, comme dans l’Eglise Anglicane.

 

 

 

Le livre est terminé. La retraite s’achève…

T’ai-je mieux découvert,

Toi, le Dieu inattendu ?

 

En regardant dans le rétroviseur de ma vie, j’ai mieux perçu que tu étais là, que tu m’accompagnais, que tu te révélais peu à peu à moi. « Marche avec ton Dieu » disais-tu jadis à Michée. (Mi 6.8)

 

Comme Moïse à la fin de sa vie, je te dirais bien : « De grâce, fais-moi voir ta gloire ». Et j’écoute ta merveilleuse réponse : « Je ferai passer devant toi toute ma beauté et je prononcerai devant toi le nom de Yahweh, mais tu ne peux voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre… Voici une place près de moi. Tu te tiendras sur le rocher et je te couvrirai de ma main jusqu’à ce que je sois passé. Puis j’écarterai ma main et tu verras mon dos. Mais ma face, on ne peut la voir. » (Ex 33.18-23)

 

Je n’ai pas été assez fort avec Toi, je n’ai pas assez vécu le corps à corps, comme Jacob au gué de Yabboq, pour te voir face à face et avoir la vie sauve. (Gen 32.23.—33)

 

A défaut du face à face, aide-moi à mieux vivre le cœur à cœur, donne-moi de continuer à marcher 40 jours et 40 nuits, en dépit de toutes les fatigues, comme Elie, pour te rencontrer.

 

Donne-moi surtout de te contempler en Jésus, ton Fils.

Car « le Verbe s’est fait chair et il a campé parmi nous

Et nous avons contemplé sa gloire,

Gloire qu’il tient du Père comme unique-engendré

Plein de grâce et de vérité » (Jean 1.14)

Nul n’a jamais vu Dieu.

Le Fils Unique-engendré, qui est dans le sein du Père,

Nous l’a fait connaître.(Jean 1.18)

  Et donne-moi de continuer à désirer le face à face définitif.

 

Là, tu seras pleinement le « Dieu inattendu » au-delà de tout ce qu’on peut imaginer ou concevoir.

 

  • Dieu que nul oeil n'a jamais vu, nulle pensée jamais conçue, nulle parole ne peut dire, c'est notre nuit qui t'as reçu: fais que son voile se déchire !
  • Fais que tressaille son silence sous ton Esprit, Dieu, fais en nous ce que tu dis et les aveugles de naissance verront enfin le jour promis depuis la mort de ta semence.
  • Tu n'as pas dit que l'homme croisse vers son néant, mais tu as fait, en descendant, qu'il ne se heurte à son impasse; tu as frayé le beau tournant où tout au monde n'est que grâce.
  • Dans le secret tu nous prépares ce qui pourra tenir ton jour quand tu viendras; c'est là, dans l'ombre de ta gloire, que ta clarté filtre déjà et nous entrons dans ton histoire.
  • Sème les nots qui donnent vie, nous te dirons; regarde-nous et nous verrons; entends Jésus qui te supplie. au dernier pas de création, viens faire l'homme eucharistie .                                                                                                  (Patrice de La Tour du Pin)

Dieu avait besoin d’un père pour son peuple. Il choisit un vieillard. Alors Abraham se leva…

Il avait besoin d’un porte – parole. Il choisit un timide qui bégayait. Alors Moïse se leva…

Il avait besoin d’un chef pour conduire son peuple. Il choisit le plus petit, le plus faible. Alors David se leva…

Il avait besoin d’un roc pour poser l’édifice. Il choisit un renégat. Alors Pierre se leva…

Il avait besoin d’un visage pour dire au monde son amour. Il choisit une prostituée. Ce fut Marie de Magdala…

Il avait besoin d’un témoin pour crier son message. Il choisit un persécuteur. Ce fut Paul de Tarse…

Il avait besoin de quelqu’un pour que son peuple se rassemble et qu’il aille vers les autres. Il t’a choisi. Même si tu trembles, pourrais-tu ne pas te lever ?                                       

                                                                                                                       Mgr Jean-Baptiste Pham Minh Man

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