21 Juillet 1980 - Naplouse - Samarie - Sichem
Naplouse, créée par les Romains, sous le nom de Néapolis, au 1er s. av J-C, est vraiment une ville palestinienne. De plus il se trouve que y arrivons en plein ramadan, ce qui se traduit par une ambiance particulière. C’est là que j’ai découvert que le ramadan est autant une fête qu’une discipline alimentaire. Le soir, juste au coucher du soleil, il y a comme un coup de canon (ou de fusil) qui donne le signal des réjouissances et toute la population entre en liesse, les familles se rassemblent, les enfants courent et jouent dans les rues et la fête se poursuivra jusque tard dans la nuit.
Nous sommes hébergés dans une grande école catholique tenue par des religieuses, qui accueille d’ailleurs un grand nombre d’élèves musulmans. Trois sœurs sont arabes, deux syriennes et deux maltaises, mais la congrégation est ‘française’. Les élèves sont en vacances. Nous allons pouvoir dérouler nos sacs de couchage sur une esplanade qui doit être la cour de récréation, et les bruits de la ville parviennent jusqu’à nous.
Nous quittons la ville pour aller au pied du mont Ébal (930
m.) et du mont Garizim (880 m.) où Manu nous explique longuement l’histoire des Samaritains
- Sichem (tout près de Naplouse) fut, au temps de Josué, le grand sanctuaire et le centre de ralliement des tribus d’Éphraïm et de Manassé. C’est là que se célébrait le culte de l’Alliance (Jos 8, 30-36 et Jos 24, 1-28
- En 721 av. J-C, l’empire assyrien s’empare d’Israël et occupe la Samarie, y implantant des étrangers, mal vus des juifs, ce qui va renforcer les anciennes divisions entre royaume du Nord (Israël) et royaume du Sud (Juda). II Rois, 17-24-41:
o ‘Le roi d’Assyrie fit venir des gens de Babylone et les établit à la place des fils d’Israël… Comme ils ne craignaient pas le Seigneur, on fit venir d’Assyrie l’un des prêtres qu’on avait déportés. Il vint habiter Béthel, il leur enseignait comment on devait craindre le Seigneur. En fait, chaque nation se fit son dieu. Tout en craignant le Seigneur, ils continuèrent à servir leurs propres dieux, selon les rites des nations d’où on les avait déportés’.
- C’est de ce mélange de populations que sont nés les samaritains, méprisés par les juifs et tenus à l’écart de leur communauté religieuse. (Esdras 4, 1-24 – Luc 9, 51-56 ; 10, 29-37)
- En 597, Jérusalem et Judas tombent à leur tour et beaucoup de judéens sont déportés à Babylone. En 587, nouvelle déportation, l’espoir s’évanouit Cette période de l’Exil suscite une grande réflexion et un retour aux sources :
o ‘Cela est arrivé parce que les fils d’Israël ont péché contre le Seigneur leur Dieu, qui les avait fait monter du pays d’Égypte… Le Seigneur avait averti Israël et Juda par l’intermédiaire de tous les prophètes… Mais Juda non plus n’a pas gardé les commandements du Seigneur. Le Seigneur a rejeté toute la race d’Israël, il les a humiliés, il les a livrés aux mains des pillards pour les chasser finalement loin de sa présence. Israël fut déporté loin de sa terre, en Assyrie, jusqu’à ce jour’. (II Rois 17, 1-23).
- Le Deutéronome intériorisera cette prise de conscience de l’infidélité à l’Alliance.
- En 538, les exilés reviennent avec au cœur un grand projet de purification et de retour à une pratique renouvelée de l’Alliance. Mais ils entrent vite en conflit avec ceux qui sont restés et ont bâti leur existence sur d’autres bases, notamment les samaritains. Esdras, prêtre, fonctionnaire du roi de Perse, est envoyé pour recréer l’unité de la Palestine. C’est lui qui réécrit le Pentateuque et qui proclame cette loi comme loi d’État reconnue par les Perses (Néh. 8) Néhémie et Esdras, qui pensent reconstruire un Temple, se heurtent avec ‘les gens du pays’, c'est-à-dire ceux qui étaient restés ou venus s’établir entre temps. (Esdras 3, 1-4 ; 5,1). Néhémie, bien en cour à Suse (Perse), reçoit mandat de venir à Jérusalem reconstruire des remparts. (Néhémie 1 à 7 et 11, 1-13). En 430, Esdras et Néhémie, s’inspirant de ce qui s’était passé du temps de Josué, restaurent la fête des tentes et la fête du don de la loi. (Josué 24 – Néh 8, 13-15) Ils organisent une grande célébration du pardon, avec lecture solennelle de la Loi et engagement de tout le peuple à revenir au Seigneur.
o ‘Tout le peuple, comme un seul homme se rassembla sur la grande place qui est devant la porte des eaux…Le scribe Esdras était debout sur une tribune de bois. Il ouvrit le livre aux yeux de tout le peuple et tout le peuple se tint debout et répondit Amen ! Amen ! en levant les mains. Tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la Loi’. (Néhémie 8, 1-12)
- La mission d’Esdras et de Néhémie semble réussie, mais, en 333 arrive Alexandre, qui donne le droit aux samaritains de construire un Temple sur le Mont Garizim, concurrent de celui de Jérusalem : d’où réaction du Livre des Chroniques qui justifie la centralisation à Jérusalem. Les samaritains seront massacrés, leur temple détruit.
- Les romains, succédant aux grecs, construiront Néapolis (Naplouse = ville nouvelle).
- Finalement, quand l’Empire deviendra chrétien, on y construira une église en l’honneur de la Mère de Dieu (Théotokos)
- Il reste encore aujourd’hui une communauté de 3 à 400 samaritains, accrochés à leur tradition, mais en état de dégénérescence. Tous les ans, à Pâques, ils se rencontrent sur le mont Garizim pour sacrifier et s’aspergent du sang de l’agneau.
Lundi 21 Juillet – Samarie (appelée Sébaste par les
Romains)
Le lendemain matin, nous partons pour Samarie. Comme nous sortons de l’école où nous cantonnons, j’ai la cigarette à la main, un homme m’aborde dans la rue et me dit : « Ici, Monsieur, c’est le ramadan, il ne faut pas fumer ! » C’est le signe évident que dans cette ville ce sont les musulmans qui donnent le ton.
La route des patriarches venait de transjordanie par le gué de Yabboq et remontait vers Samarie. C’est peut-être là que se situe le combat de Jacob avec l’ange (Genèse 32, 23-31).Manu évoque ici Jean 3,23 : « Jean, de son côté, baptisait à Aïnôn, non loin de Salim, où les eaux sont abondantes ». Peut-être dans cette région… Ainsi l’activité de Jean-Baptiste se serait située en Samarie, ce qui est déjà un élargissement important. Jésus y est venu aussi, notamment au puits de Jacob. Pierre et Jean y viendront confirmer la prédication de Philippe et manifester la gratuité du don de l’Esprit. (Actes 8, 5-25) C’est peut-être en témoignage de cela qu’on trouve à une église dédiée à St Jean Baptiste. Peut-être des communautés baptistes ont-elles continué à vivre là..
Au pied de la Montagne d’Éphraïm, qui a donné son nom à la tribu d’Éphraïm identifiée par les prophètes à Israël, Samarie est devenue capitale quand le trafic commercial s’établit avec la Phénicie (Liban) C’était une ville énorme, construite par Omri, père d’Achab, au 9° s. avant J-C (I Rois 16, 15-27). Elle devint la capitale du Royaume du Nord (Israël) à la place de Tirça (I Rois 16,6). Le Royaume du Nord durera deux siècles, de 931 à 731 et marquera profondément le prophétisme.
Achab épousa Jézabel, une femme non juive, et la ville devint rapidement idolâtre, rendant des cultes aux dieux cananéens de la terre, de la fertilité, de la fécondité. Des classes sociales apparaissent dans la société et le luxe de la cour tranche avec la misère des paysans. C’est là – à cause de cela – que naît le courant prophétique, avec Élie, originaire de Galaad en Transjordanie, qui conteste vivement à la fois l’idolâtrie et l’injustice.
Élie
- I Rois 17 : La veuve de Sarepta
- I Rois 18 : Jézabel fait massacrer les prophètes yawhistes
- I Rois 18 : Au Mont Carmel, Élie défie les prophètes de Baal (Voir Deut. 26)
- I Rois 19 : Élie craint pour sa vie et s’enfuit à l’Horeb où Dieu se révèle tout autre..
- I Rois 21 : La vigne volée à Naboth par Achab
Élisée
- II Rois 2 : Élisée, héritier de l’Esprit d’Élie
- II Rois 4 : la Sunamite
- II Rois 5 : Naaman le Syrien
- II Rois 9 : l’histoire de Jéhu, un Yahwiste, oint par un disciple d’Élisée pour remplacer la dynastie d’Omri
Jéroboam, un siècle plus tard (783 à 743) : c’est lui qui reconquit la quasi-totalité du Royaume et réunifia Juda et Israël. Mais au prix de quelles injustices ! C’est sous son règne long et brillant que se lèvent Amos et Osée
Amos, originaire de Téquoa, se dressa
- contre l’injustice : Amos, 2, 6 – 16
- contre les désordres : 3, 9-12
- contre le luxe : 4, 1-3
Osée, originaire de Samarie, peut-être marié à une prostituée sacrée, dont il a eu des enfants, et qui est retournée à son ancien métier. C’est là qu’il fait l’expérience intime de ce qu’est l’Alliance et qu’il en parle avec sévérité et tendresse
- Osée 4, 1-19
- Osée 6 - 7 - 8
Avec eux, le prophétisme, vigoureux et contestataire, valorise la période précédente, l’expérience du désert et la haute figure d’Abraham.
C’est là, dans cette contestation du pouvoir royal, que naît ce qu’on appellera la tradition « Élohiste » et son soubassement deutéronomique.
Il a toutes chances d’être authentique.
Sichar est à 1 km environ.
La plaine fertile de Salim (qui exportait du blé) est tout à côté.
C’est le seul puits de la région, au pied du Garizim.
Rapprocher Jean 4, 1-42 (La Samaritaine) des mariages de patriarches(Isaac et
Rebecca : Gen 24, 1-54 - Jacob et Rachel : Gen 29, 1-10) et d’Actes 8 : le don gratuit de l’Esprit. C’est un peu la promesse d’Osée qui s’accomplit et dans le pays même où Osée
l’avait dite.
Mais ce puits a-t-il été celui d’Abraham ? La tradition postérieure a fait passer Abraham dans tous les lieux qui étaient devenus importants pour le peuple.
- Abraham à Sichem : Genèse 12, 6 et suivants
- Jacob : Genèse : 33,18 et 34
- Jacob donne une terre à Joseph… où son corps aurait été ramené (Josué 24,32)
- Éphraïm et Manassé : sont les fils de Joseph, la tribu de Joseph
Ville cananéenne très ancienne 1900 – 1700 av. J-C
Mur cyclopéen (constitué de grosses pierres non équarries)
Visitée par les patriarches : Isaac, Jacob (Gen. 34)
Temple plus récent avec stèle au Baal-Beurit = le dieu qui préside aux alliances.
Des découvertes récentes en Égypte tendent à prouver que très tôt il y eut des cousinages entre les hébreux nomades et les cananéens : ce serait pourquoi Josué n’aurait pas eu à prendre Sichem et y aurait même fait une grande assemblée de renouvellement de l’Alliance. (Josué 34)
Bientôt, les Juges connaîtront la tentation d’instaurer une royauté en Israël. Abimélec, fils de Gédéon, tentera de s’imposer comme roi à Sichem, mais son frère Yotam, du sommet du mont Garizim, proclama la fameuse fable des arbres à qui on propose de régner sur les autres. ‘En ce temps-là, il n’y avait pas de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui plaisait’. (Juges 21, 24) C’est Samuel, qui résidait à Silo, dans cette même province d’Éphraïm, qui sera acculé à oindre le premier roi : Saül (I sam 8).
C’est à Sichem aussi qu’en 931 se produira le schisme entre le royaume du Nord et celui du sud. Le fils de Salomon, Roboam vient à Sichem pour y oint comme roi. Mais Roboam refusa d’alléger les impôt imposés par Salomon et choisirent Jéroboam comme roi. Roboam réussit à maintenir sa royauté sur Juda, (la Judée) et les deux royaumes furent séparés pour 200 ans.
Sichem, si prestigieuse capitale depuis les patriarches, depuis les Juges, depuis la naissance du prophétisme, depuis les débuts de la royauté, devient le lieu du schisme et est abandonnée comme capitale au profit de Samarie… et sera détruite en 731.

