26 - 27 Juillet 1980 - Engev - Hermon - Banhias

26 Juillet – Traversée du lac vers Engev 161.Tirantlefilet

 

Nous prenons le bateau à Tibériade : que d’évocations :

 

« Avance au large ! Jetez les filets ! N’ayez pas peur ! » « Allons sur l’autre rive ! »  

 

Peut-être le lieu de la multiplication des pains ? de la rencontre avec le possédé de Gérasa ?

J’entends parler du « San Peter fisher » : est-ce Pierre le pêcheur ? ou le poisson de Pierre ?

Nous débarquons à Engev, au pied du Golan.

 

167.EnbarqueversEnGevLa visite du Kiboutz d’Engev est une étape mémorable de notre périple, qui nous permet d’entrevoir l’idéal sionniste des initiateurs du mouvement kiboutzin

 

Le Kiboutz d’Engev a été fondé vers il y a bientôt 50 ans (donc vers 1930)

 

Un responsable nous accueille et se lance dans une explication intéressante

-          Aucune civilisation ne s’était développée sur cette rive depuis 3 à 4000 ans : c’était des marécages, peuplés de bêtes sauvages, la température y était de 44-45° en été, le sirocco d’hiver était redoutable.

Ces terrains furent achetés par le mouvement sioniste à la fin du 19° s.

-          Le Kiboutz a été fondé en 1937 avec des gens venus d’Allemagne, d’Autriche. Il était basé sur des valeurs idéologiques. (Peu à peu nous comprendrons que nous ne sommes pas dans un kiboutz religieux) Le mot ‘Kiboutz’ veut dire ‘collectif’. Ils sont arrivés de nuit en camionnettes, avec armes, outillage, cheptel et ont installé des baraques préfabriquées.

Quarante Kiboutz furent montés la même nuit le long de l’ancienne frontière.

Il existe 240 Kibboutz, dont 40 religieux

-          Dans un Kiboutz, il n’y a pas de patron, mais une assemblée générale chaque semaine et des commissions renouvelées tous les deux ans(Commission travail, discipline, culture, éducation, agriculture, sécurité, malades et handicapés, urbanisme, aide aux passants) avec secrétariat de trois personnes.

-          La femme jouit d’une totale égalité (à la différence des lois religieuses)

Il n’y a pas de distinction de race, de religion. Le niveau intellectuel est très élevé.

Chacun peut être requis pour n’importe quelle tâche.

Simplicité de vie : pas de salaire, pas d’argent, pas de voiture.

Economie basée sur l’agriculture.

Centre d’éducation pour tout l’État d’Israël.

La TV est un venin au Kibboutz et fait baisser la participation de 80 à 40%

 

-          L’éducation est le point fondamental. Nous fournissons les meilleurs éléments de l’armée alors que nous représentons 3,5% de la population. Sans être militaristes, on est obligés de se préparer.

Il y a une école primaire sur place et une école secondaire dans la vallée du Jourdain.

Les jeunes rencontrent de grandes difficultés quand ils se mêlent : armée, université, voyages, mariage, avec des non kiboutz qui n’arrivent pas à s’habituer.

 

-          Problème du dortoir d’enfants : la jeune génération réclame des réformes. Après de fortes discussions, la majorité décide que désormais les enfants dormiront chez leurs parents. On accorde une heure à la femme pour s’occuper de ses enfants.

-          Question de budget : le kiboutz fournissait tout. Les jeunes trouvent que ça conduit à un nivellement : tout le monde a les mêmes livres, meubles, disques. Désormais, un carnet de chèque local est donné à chaque famille.

Le Kiboutz d’Engev compte actuellement 450 personnes, dont 60% nés sur place.

On y cultive l’avocat, la banane, le coton. On a un cheptel de 300 vaches laitières. On fait la pêche : poisson de St Pierre, sardine d’eau douce, poisson chat.

Il y a un restaurant et un camping.

 

-          C’est grâce à ce Kiboutz que le lac est revenu entièrement à Israël. Mais à 200 m. au-dessus, c’était la Syrie.

Des abris ont été aménagés tous les 20 m. avec tout le confort. La guerre de 1967 a renvoyé les syriens à 20 kms (au-delà du Golan)

-          Quelques chrétiens vivent au Kiboutz : 12 ou 14 actuellement, mais jamais encore d’arabe, malgré tous les efforts du MAPAIN

-          Les jeunes ne choisissent pas spontanément cette vie aujourd’hui, ils sont attirés par le confort matériel.

Et pourtant 60 à 70 % de la production agricole d’Israël vient des kiboutz (qui ne représentent que 3 ½ % de la population.

 

-          On forme l’espoir de se passer des religieux à la Knesset… On forme des élites : ex. le maire de Jérusalem.

Chacun de nous est un soldat, chacun, homme ou femme, a une arme, les kiboutz étant aux frontières : d’où grand poids.

 

 

-          Mais le but que tout l’État d’Israël soit un grand Kiboutz n’a pas été atteint. On a voulu supprimer l’image du juif voleur, banquier, errant…, faire un nouveau modèle juif, travailleur intellectuel, sous l’influence de Marx à l’origine et de juifs venus de Russie.

  168.Flamboyantd'EnGev

Je ne me souviens plus si nous avons mangé au Kiboutz ou si nous avions apporté notre pique-nique…

 

Je crois, par contre que c’est sur cette rive que Manu nous a lu et commenté le possédé de Gérasa  (Marc 5)

 

Jésus entre en territoire païen, chez les Géraséniens (ou Gadaréniens selon Mathieu). Les tombeaux évoquent un pays impur. De même les porcs, dont les juifs ne mangent pas…

Et là Jésus accomplit la promesse de faire parvenir la bénédiction de Dieu à tous les hommes : les puissances infernales retombent en troupeau dans l’eau de mort.

« Voilà ce que vous aurez à vivre parmi les païens » dit en quelque sorte Jésus à ses disciples.

 

Miracles       

       Jésus fait œuvre de guérisseur (ou thaumaturge) :

c’était très courant à l’époque où la médecine n’était guère développée.

Jésus devait avoir ce don à un degré éminent et surtout il le vivait comme un signe

que le Royaume de Dieu s’approchait.

C’est d’ailleurs ce signe qu’il envoie dire à Jean-Baptiste qui se pose bien des questions :

‘Les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent’ (Isaïe)

Le miracle est d’ailleurs au moins autant la conséquence que la cause de la foi.

La pratique de Jésus n’était pas de prouver quelque chose.

 

Manu nous invite aussi à faire le parallèle entre Jonas 1 et la tempête apaisée, avec le passage de la frayeur à la confiance, de la trouille à la foi.

 

Aucun coup de vent n’a secoué notre barque dans la traversée du retour ! Le psaume 106 ne s’est pas soulevé pour nous !

‘Ceux qui partent en mer sur des navires,

Faisant négoce parmi les grandes eaux,

Ceux-là ont vu les œuvres du Seigneur,

Ses merveilles parmi les abîmes.

Il parla et fit lever la bourrasque

Et les flots de la mer se soulevèrent :

Montant aux cieux, descendant jusqu’aux gouffres,

Ils étaient malades à rendre l’âme,

Tournoyant, titubant comme un ivrogne,

Leur sagesse était toute avalée.

Ils crièrent vers le Seigneur dans la détresse,

De leur angoisse il les a délivrés.

Il ramena la bourrasque au silence,

Alors les flots se turent.

Ils se réjouirent de les voir s’apaiser.

Dieu les mena jusqu’au port désiré’.         Ps. 106

 

  158.LaMerdeTibériade

 

Dimanche 27 Juillet –  Vers l’Hermon

 

Nous quittons Tibériade en direction du Nord. Sommes-nous encore dans un autocar régulier ? Je crois que oui.

 

Haçor :           Ville construite sur une colline qui domine le lac Oulé (que les Israëliens ont voulu assécher)

Cette ville qui remonte à 2 700 ans avant J-C est spécialisée dans le commerce de l’étain qui entre dans la composition du bronze. Vers 1500 avant J-C, c’est la plus grande ville cananéenne de tout le pays. Elle est protégée par un mur à glacis, avec douves. Elle est pris par Josué (Josué 11,1-23) Même évènement rapporté en Juges 4 et 5, avec le fameux cantique de Déborah (Juges 5, 1-31)

 

‘L’évènement rapporté est d’un grand intérêt historique et religieux. D’une part on assite ici à un effort des tribus pour se libérer de l’emprise des villes cananéennes. D’autre part le rôle tenu par la prophétesse Déborah manifeste l’importance qui sera reconnue au mouvement prophétique dans le Royaume d’Israël. Dieu apparaît ici comme celui qui donne la victoire à son peuple’ (Note Tob i)

Le cantique de Déborah est un des plus vieux textes de la Bible :

 

‘Des chefs manquaient en Israël, jusqu’à ce que tu te sois levée, mère en Israël.

Mon cœur va à ceux qui, dans le peuple, s’offrent librement.

Éveille-toi, éveille-toi, Déborah ! Éveille-toi, éveille-toi, lance un chant’ (Juges 5, 7..9..12)

 

Les tribus d’Issachar et Nephtali y élargissent leur territoire à la faveur de l’entrée des tribus du centre. (Josué 11). Salomon la fortifie, comme Meggido, Gezer (I Rois 9,15). Achab la reconstruit, avec adduction d’eau.

Les Assyriens la prennent en 732

 

 

Kiryat Shemona, tout près de la frontière libanaise : la ville était déjà la cible de tirs de roquettes en 1980

 

Dan :   selon le nom de la tribu de Dan, s’appelait aussi en hébreu Lakish. 170.PoteriesCananéennes.Hazor)

C’est une ville très présente dans l’antiquité.

C’était, avec Béthel, l’un des sanctuaires concurrents de Jérusalem, où l’on adorait un veau d’or    (dieu lunaire).

La tribu de Dan cherchait un territoire pour s’y installer. Comme Moïse à Cadès, ils envoient cinq hommes vaillants et adoptent ce lieu :

 

‘Il y avait un jeune homme de Bethléem de Juda qui était lévite et résidait là comme étranger. Il s’en alla dans la montagne d’Ephraïm… Il aboutit à la maison de Mika, qui lui dit : ‘d’où viens-tu ?’ ‘Je suis un lévite de Bethléem, je cherche un lieu où résider comme étranger’. ‘Reste donc chez moi et sois pour moi un père et un prêtre’. Maintenant, je sais que le Seigneur agira pour mon bien puisque ce lévite est devenu mon prêtre.’(Juges 17, 1-13)

‘Les fils de Dan envoyèrent cinq hommes pour explorer le pays et le reconnaître. Ils reconnurent le jeune lévite qui les introduisit dans le pays… Quant à eux, ils arrivèrent sur Lakish, sur sa population tranquille et confiante qu’ils passèrent au fil de l’épée .. Ils installèrent l’idole que Mika avait faite et elle y demeura aussi longtemps que subsista la maison de Dieu à Silo’ (Juges 18, 1-31)

 

Sans attendre le schisme du Royaume du Nord, il y a déjà un pré-shisme. Jéroboam, dans sa lutte contre son frère, essaie de faire du sanctuaire de Dan un concurrent du Temple de Jérusalem pour consacrer sa légitimité. Dan et Béthel adorent un veau d’or. C’est ça, le péché de Jéroboam. (I Rois 12, 26-33)

 

De belles ruines de ce temple ont été récemment remises en valeur.

 

Banhias : ou Panhéas = Ville du dieu Pan devenue Césarée de Philippes pendant l’occupation romaine, est édifiée sur les pentes du Mont Hermon, près d’une des sources du Jourdain qui sourd, abondante, de la montagne, avec des cascades, des grottes, des sous-bois gorgés d’eau…et un sanctuaire druze.                              179.CascadesduJourdain                                                 178.CésaréedePhilippe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 C’est là que Marc (8,27-30) et Mathieu (16,13-20) situent ce qu’on appelle habituellement la

confession de foi de Pierre, soit à une quarantaine de kms au nord de Tibériade : c’est dire si Jésus les avait amenés à l’écart… Marc précise même que c’est ‘en chemin’ que Jésus les interrogeait.

Luc, lui, (9,18-21) lie cette profession de foi au retour de mission où la question vient tout

naturellement 

 « Qu’est-ce que les gens disent de moi ? Et vous, que dites-vous de moi aux gens ? » (Luc 9, 18/20

 

173.Dan

175.SanctuaireVeaud'Or  

 

 Nous repartons – à pieds, si mes souvenirs sont bons – en contrebas d’une ruine de château-fort remontant aux croisades et cherchons un lieu propice pour bivouaquer : ce sera en lisière d’un champ de maïs : tout ce qu’il y a de plus discret… et sur de l’herbe verte comme on n’en a pas vu depuis longtemps.

Une fois de plus, il n’y aura pas besoin de nous bercer !

 

182.Retouràpieds

 

 

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