10- Dimanche 5 Juillet 2009 - Damas - Nantes - Bilan... et drame !
Lever à 4 h. Décollage à 7 h 30. Nous survolons Beyrouth, Sofia, Belgrade, Zurich, Belfort. Je prends quelques photos du désert montagneux de la chaîne du Liban… puis des Alpes enneigées que je salue avec joie.
Avec mon voisin, le p. Bressolette, nous feuilletons quelques « Monde » de ces derniers jours, car tout au long de cette semaine nous n’avons pas pu nous tenir au courant de l’actualité mondiale et encore moins française.
En approchant de Paris, je suis frappé du contraste saisissant des paysages : c’est dans un jardin verdoyant impeccablement entretenu que nous arrivons. Un signe parmi d’autres qu’il y a loin de la Syrie à la France, même si quelques heures d’avion suffisent à franchir la distance.
Les adieux à l’aéroport sont fraternels mais ne s’éternisent pas. Je m’aperçois qu’il y a un train pour Nantes en partance, mais je ne réussis pas à faire changer mon billet. Une compagne de voyage, Lydia, tente la même démarche et, dans la queue au guichet, me demande si je connais le prêtre de l’Église Orthodoxe de Nantes. Bien sûr ! Nous cherchons son nom, et c’est moi qui le trouve : le Père Lambert ! Et c’est ainsi que je découvre ses motivations orthodoxes tout au long de cette semaine que nous avons passée ensemble ainsi que ses liens avec un autre pèlerin dont j’avais un peu deviné l’identité. Ils ont toujours été assis côte à côte dans le car, et j’avais aperçu Michel baiser certaines icônes.
Il va donc me falloir attendre jusqu’à 15 h 30. À quoi bon chercher à sortir de l’aéroport de Roissy : il faudrait sans doute marcher beaucoup pour aller en ville ! Je vais me contenter d’un tout petit repas sur le pouce, lire un peu, en sommeillant, et observer la faune, plus populaire que je n’aurais cru, de ce grand carrefour international.
Humour : dans le TGV où je prends bien sûr la place qui m’est attribuée, je me trouve assis à côté d’une religieuse voilée ! Rien à voir avec le niquab tout de même… (Comment l’aurais-je identifiée si elle n’avait pas eu son voile ?! ) Je n’ai pas le courage d’entamer la conversation. D’ailleurs elle descendra assez tôt, je ne sais plus où. Autre surprise : ce TGV ne passe pas par Le Mans, mais par Tours et je ne serai à Nantes qu’après 18 h. Plutôt que de sortir par la gare Nord pour prendre le Tramway puis le Busway, je sors par la gare Sud et rentre à pieds en ¼ d’heure.
Deux jours plus tard, je pars rejoindre mon groupe de vacances dans les Pyrénées…
Quelle suite donner à tout cela ?
À mon retour des Pyrénées, fin Juillet, je réalise une petite page de bilan que j’envoie à beaucoup d’amis, en guise de carte postale, car je n’en ai envoyé que trois depuis la Syrie… « en attendant peut-être par la suite un récit plus développé ». comme je l’avais fait il y a quatre ans après mon pèlerinage sur les pas de Charles de Foucauld. Voilà, c’est fait. J’espère que quelques-uns prendront plaisir à le lire.
Ma principale motivation, en entreprenant ce voyage, était de découvrir comment des communautés chrétiennes très minoritaires vivent et envisagent l’avenir dans des pays très majoritairement musulmans. J’avais été tellement frappé par la totale gratuité des chrétiens en Algérie, mais aussi de leur grand isolement parfois proche de la persécution, que j’avais envie de comprendre comment cela se passe dans un pays où les chrétiens ont une entière légitimité, puisqu’ils y sont présents depuis 20 siècles, mais où ils deviennent sans cesse plus minoritaires. « Dire que la présence des chrétiens doit être « tolérée » dans le monde arabe est, au fond, profondément injuste. Les chrétiens ont toujours appartenu à la terre qui les a vus naître et grandir, la terre de leurs ayeux, les pays de la Bible. Ils ne sont pas une minorité religieuse venue d’ailleurs pour susciter de la compassion à son égard. Ils sont dans leur pays et doivent y rester. Leur départ, c’est la fin de notre histoire et le début de toutes les dérives ». (Hasni Abidi – Le Monde 7.01.11 p. 17)
La Syrie, un peu comme le Liban – et même l’Irak avant la guerre – et mieux que la Palestine, est la preuve vivante qu’une cohabitation heureuse peut se vivre entre les églises chrétiennes et des états à grande majorité musulmane. Cette preuve est pourtant fragile, du fait du grand émiettement des Églises chrétiennes et aussi du fait de l’absence quasi totale de dialogue avec les musulmans.
L’Église catholique, pour sa part, a fait un grand pas vers le dialogue au Concile Vatican II, avec le chapître 3 de la déclaration « Nostra aetate »,(Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non-chrétiennes) qui affirme l’estime des chrétiens pour les musulmans et le désir de promouvoir ensemble la justice, la paix et la liberté.
Du côté musulman, la volonté de respect mutuel est plus fragile et l’Islam n’envisage guère une autonomie du religieux par rapport au politique. Mais il y a deux siècles l’immense majorité des catholiques français aurait-elle pu envisager la séparation de l’Église et de l’État comme un progrès ? N’est-ce pas dans ces pays, où on peut parfaitement être à la fois arabe et chrétien, que se joue une bonne part de la liberté religieuse ?
J’imaginais que, grâce à Internet, je ne tarderais pas à recevoir quelques photos et messages de tel ou tel de mes compagnons. Mais, à part un petit échange avec Andrée Dagorne, grande voyageuse de la Bretagne à l’Algérie (Tibihirine) et Jean-Julien Ladouceur, ce sympathique prêtre haïtien, autour de la transmission de photos, silence radio !
Ah ! J’allais oublier la rencontre avec Marcel Lauga, de Tarbes, le compagnon de table qui me payait souvent à boire. Je lui avais dit que j’allais en vacances à Arrens-Marsous : il a appelé le gérant du camping et a réussi à me joindre. Nous sommes allés dîner ensemble dans une auberge un peu inaccessible un dimanche soir et ainsi nous avons pu faire plus amplement connaissance. Moi qui le croyais éducateur, j’ai été tout étonné de découvrir qu’il était médecin. Comme quoi on peut sympathiser sans vraiment se connaître !
Et puis, le 12 Janvier2010, il y a eu le terrible tremblement de terre d’Haïti. Dès le mercredi soir, comme une bouteille à la mer, j’envoie un message à Jean-Julien. Immense surprise : dès le lendemain, il me répond : « La tragédie que nous sommes entrain de vivre est indescriptible. Dieu seul sait ce que sera notre avenir puisque le présent n’est que mort, destruction, désolation, pleurs, cris, peur. J’ai pratiquement tout perdu… Dieu merci, je suis vivant ».
Comme il ne me dit rien de Marie-Cécile, animatrice pastorale à Haïti, qui l’accompagnait, j’en déduis qu’elle est vivante, mais quelques jours plus tard, le 19 janvier, Jean-Julien envoie un nouveau message : « Je ne sais vraiment pas comment t’annoncer cette nouvelle qui me fend le cœur : Marie-Cécile n’a pas survécu. Elle était en pleine réunion avec le directeur de notre bureau, une réunion à laquelle j’aurais dû être présent. Notre chère et bien-aimée Marie-Cécile n’a pas survécu. Elle nous a laissés pour rejoindre le Père qu’elle a tant aimé et servi, surtout à travers son prochain haïtien depuis pratiquement 20 ans ».
J’ai fait de mon mieux pour transmettre ces nouvelles à ceux dont j’avais l’adresse électronique et même à quelques autres. Plusieurs ont répondu et, comme le disait Dany, c’est une sorte de « groupe virtuel de prière » qui s’est formé entre nous. Les obsèques de Marie-Cécile, présidées par Mgr Gaillot (je ne sais quels liens ils avaient) ont été célébrées le 12 mars, près de Port au Prince et de nouveau nous nous sommes unis par le souvenir et la prière.
Comment ne pas faire mémoire d’un autre compagnon qui nous a aussi quittés brutalement : Jean-Marie Jarriges, revenant d’une rencontre dans un collège de Saint-Étienne avec l’association Sésame où il avait fait une intervention sur « Amour et sexualité », est mort, le 1° Février dans un accident de voiture. C’est son épouse, Michèle, avec qui j’avais sympathisé pendant notre voyage, qui m’a prévenu. À elle et à leurs trois fils, nous redisons toute notre amitié.