Jeudi 22 Mars 2007 - Tamanrasset - Alger - Paris - Nantes
À l’aéroport de Tamanrasset, je me fais encore épingler par la Douane pour les jolis cailloux que j’ai mis dans mon sac. Il me faut les laisser ! Il m’en reste quand même quelques-uns dans l’autre sac !
Échange profond avec Françoise qui, dans le prolongement de cette expérience, cherche un lieu de retraite. Je lui parle du monastère de rite orthodoxe d’Eygalières, dans les Alpilles. Elle me demande si je connais l’Abbaye cistercienne Le Thoronet. Albine nous prend en photo, mais elle ne cadre pas correctement…
Nous prenons l’avion pour Alger, arrêt prévu à In Salah, mais le vent de sable qui balaie les pistes nous oblige à faire escale à Hassi Messaoud. Je cherche à ne rien perdre du désert que nous survolons, mais la visibilité n’est pas toujours bonne.
Et je lis le livre de mon ami Joseph Lépine, prêtre à Oujda (Maroc) depuis de nombreuses années et qui recueille là le témoignage de nombreux subsahariens qui cherchent à passer en Europe et se heurtent aux grilles de Mélilla. Son livre « Une marche en liberté », donne la parole à un jeune Camerounais qui raconte ses méditations et mésaventures tout au long de ce long périple à travers le Sahara, jusqu’à se blesser grièvement sur la barrière de Mélilla.
En approchant d’Alger, je me dis que nous survolons peut-être Tibihirine et les lieux où je crapahutais il y a 50 ans.
Escale assez longue à Alger. J’ai tout le temps de me renseigner sur la manière de récupérer la paire de jumelles que j’ai du laisser en partant. C’est encore tracassier, mais je finis par les obtenir.
Dans l’avion pour Paris, nous n’avons même pas le choix des places : on nous met par ordre alphabétique, ce qui me vaut d’être près de Catherine Vincens. Je ne vais pas voir le temps passer quand elle me raconte une partie de sa vie, les jeux de pouvoir et de mondanités dans les quelles elle s’est trouvée embarquée, sa collaboration occasionnelle avec Reiser dans Charlie Hebdo, et les grandes souffrances qui sont les siennes du fait de ses relations très tendues avec son fils, sa belle-fille, sa petite fille, et des drames qui se sont produits. Moi qui la trouvais excentrique et souvent amusante, je découvre que si elle est venu à ce pèlerinage, c’est pour faire le point sur elle-même et tenter de retrouver un équilibre de vie. Je suis édifié par son désir de rester chrétienne au cœur de telles turbulences. Je suis touché de la confiance qu’elle me fait.
Les adieux, dans le hall, sont trop rapides : la parenthèse va-t-elle se refermer et un vent de sable recouvrir ces fleurs du désert ?
Une nuit à l’hôtel Ibis à Orly, le train pour Nantes et me voilà, dès ce midi, à la table de mes amis prêtres.
