Impressions et réactions

Publié le par Paulfeuillesdautomne.over-blog.fr

Voici le courriel que j’ai envoyé à une amie le 24 mars :

 

« Me voici de retour depuis 24 h.. Heureux et pas trop fatigué. Comme je le désirais, j’ai découvert le sud algérien, immense et surprenant, et ce pays neuf qui croit en lui et se fait accueillant, le désert aux facettes multiples : l’erg et le reg, les plaines et les plateaux, les oueds et les sommets, les sables de toutes les couleurs ; Charles de Foucauld et ce qui vivent d’étonnant ses disciples d’aujourd’hui, petit grain de sel minuscule dans un monde totalement musulman. Nous avons eu beaucoup de contacts avec les petits frères de Jésus, les Pères Blancs, les Soeurs Blanches. C’était vraiment un pèlerinage et le groupe de 23 personnes, conduit par un franciscain compétent et sympathique, a pleinement joué le jeu. Il y a eu des moments très forts de découverte et de célébration. J’ai noué de vraies « amitiés pèlerines » avec plusieurs personnes du groupe. J’ai pris beaucoup de notes, des photos aussi, j’en ferai sûrement un album… Mais tu sais le temps qu’il faut pour cela. J’ai pensé à tous mes amis et je n’ai pas manqué de te rapporter un petit caillou de l’Assékrem. »

 

Et à un couple d’amis le 13.04.07

 

« Ça peut paraître bizarre, mais j’ai fait un pèlerinage en Algérie. Pas sur les lieux de mes combats d’il y a 50 ans,picsassécrem mais sur les pas de Charles de Foucauld. C’est un peu une " foucade"  : sitôt envisagé, sitôt décidé. Avec un groupe de 23 personnes, certaines très sympas, beaucoup de pros des voyages, Des anciens et surtout anciennes (à part une jeune) dont une petite nièce de CdF et trois ou quatre autres aristocrates, telle ou telle haute en couleurs, nous avons sillonné le Sud Algérien en car, depuis Bechar jusqu’à Tamanrasset, découvrant des villes qui peuvent aller de 30000 à 100.000 hab., la grande diversité des paysages désertiques, jusqu’au plateau de l’Assékrem, à 2.700 m. d’altitude, dans le Hoggar, près de Tamanrasset. Nous avions des guides très compétents : Souad, une jeunes femme Kabyle, musulmane pratiquante, mais très ouverte, et Marcel, frère franciscain, spécialiste de CdF. J’ai tout aimé : la redécouverte d’une Algérie que j’ai cru (naïvement) enfin sortie de la violence, le désert, avec le petit regret de n’y avoir pas un peu plus marché à pieds ; et la démarche très soutenue de l’ensemble du groupe pour évoquer la grande aventure spirituelle de CdF et la santé des petits frères et petites sœurs de Jésus qui continuent son témoignage de présence gratuite et d’amour porté à ces peuples… Quand l’album sera fait… »

 

Le 12 Avril, suite à l’attentat-suicide commis à Alger, j’envoyais à Souad le courriel suivant :

 

« Je suis l’un des membres du groupe que vous avez accompagné dans le Sud Algérien et à Tamanrasset. J’étais si heureux, 50 ans après la guerre d’Algérie à laquelle j’avais participé, de découvrir une Algérie jeune, fière, ouverte et accueillante. Je croyais que la page de la violence était en train d’être tournée. Je suis consterné par ce qui s’est passé hier à Alger et je tiens à vous exprimer toute ma sympathie pour ce peuple que vous aimez et que vous rêvez démocratique et pacifique. Bien cordialement à vous, Paul Templier

 

Voici la réponse de Souad, en date du 20 Avril 07

 

« Très cher Paul, je viens de rentrer d’un autre voyage au sud et grande est ma joie d’avoir de vos nouvelles. Il est vrai que mon pays est encore une fois la proie d’une violence que seuls les criminels peuvent justifier, mais ça ne nous a pas empêché de le laisser ouvert à ceux qui ont eu, comme vous, envers et contre tous, le courage de venir et de le découvrir en profondeur. Ce groupe est arrivé le jour même de ce drame, mais nous sommes allés jusqu’au bout du voyage et tout s’est très bien passé, alors ne soyez pas triste, gardez au fond du cœur la véritable Algérie que j’aime et laquelle, j’espère, vous a donné un peu de bonheur. Encore un grand merci pour ce message qui m’a beaucoup émue, prenez bien soin de vous et donnez-moi de vos nouvelles. Très amicalement, Souad.

 

Enfin, j’ai envie de transcrire ici le texte du diaporama intitulé « Sable et Pierre » que m’a envoyé mon amie Colette à mon retour, et que j’ai largement diffusé avec l’adresse suivante : « Merci à Colette de qui je viens de recevoir ce diaporama. Il est si superbe à tous points de vue que je ne peux pas ne pas le diffuser. Dans le désert, il y a le Reg (les pierres) et l’Erg (le sable), écrits avec les mêmes lettres, et souvent côte à côte : en opposition ou en complément ? Il paraît qu’en chacun de nous il y a de l’Erg et du Reg et qu’il faut apprendre à marier les deux. En tous cas cette parabole est bien belle et je ne manquerai pas de l’envoyer à mes compagnons de pèlerinage dès que j’aurai leur adresse électronique.

 

CdF91.Hoggar5« Sable et pierre… » C’est l’histoire de deux amis qui traversent le désert… À un certain moment de la journée, ils se querellent et l’un des amis frappe l’autre au visage. Celui qui a été frappé au visage, sans dire un mot, écrit sur le sable : « Aujourd’hui, mon meilleur ami m’a frappé au visage ». Ils poursuivent leur route jusqu’à ce qu’ils trouvent une oasis et décident de prendre un bain. Celui qui a été frappé au visage s’enlise dans les sables mouvants mais son ami le sauve. Après avoir atteint la rive sain et sauf, il écrit sur une pierre : « Aujourd’hui mon meilleur ami m’a sauvé la vie ! » Celui qui avait frappé et sauvé son meilleur ami lui demande : « Après que je t’ai frappé, tu as écrit sur le sable et maintenant tu écris sur une pierre. Pourquoi ? » Son ami lui répond : « lorsque quelqu’un te blesse, tu devrais l’écrire sur le sable afin que le vent l’efface de ta mémoire. Mais lorsque quelqu’un fait quelque chose de bon pour toi, tu devrai l’écrire sur la pierre afin que le vent ne l’efface jamais. Apprends à écrire tes blessures sur le sable et à graver tes gratitudes sur la pierre, afin que le vent ne l’efface jamais. Cela prend une minute de trouver une personne spéciale, une heure pour l’apprécier, une journée pour l’aimer, mais toute une vie pour l’oublier.

 

"Le désert ponce l'âme, tanne le corps, sculpte l'Esprit". Théodore Monod

 

L'attrait d'une personnalité exceptionnelle  

(Dans Antoine Chatelard - Le chemin vers Tamanrasset pp. 283 - 299)

 

"Le professeur Gautier (1864 - 1940), qui se disait mécréant, est un de ceux qu i a le mieux perçu la personnalité de Charles de Foucauld. professeur à l'université d'Alger, ce géographe fit de nombreuses missions au Sahara et publia une dizaine de livres sur l'Afrique du Nord. il connut Charles de Foucauld à Béni Abbès mais surtout durant le voyage du 8 juin au 4 septembre 1905; 'Pendant deux mois, deux fois par jour, j'ai été son commensal; presque tous mes souvenirs de lui viennent de là..'

"Un officier en civil se reconnaît. chez le P.  de Foucauld, c'était tout à fait disparu. Rien du tout dans la démarche ne trahissait le soldat. il était moine tout entier des pieds à la tête, tout effacement et humilité... Il fut un temps où l'auteur du livre "Reconnaissance au Maroc" ne voulait plus se souvenir qu'il l'avait écrit. (Quand je le rencontrai à Béni Abbès en 1903), de quoi pouvais-je parler sinon du livre que j'avai lu et consulté, qui st pour les gens de ma profession un instrument de travail; mais au lieu de l'explorateur, je trouvais le moine, il écarta le sujet en termes qui coupaient tout de suite les ponts. Quelque chose omme ceci: "Quand on a été pris tout entier à l'idée de l'absolu, le relatif ne compte plus." ce point de vue-là est resté le siens pendant des années, mais pas jusqu'au bout de sa vie, tant s'en faut...

Il s'est trouvé un homme pour vivre dix ans au Hoggar, avec le souci presque unique d'écouter cette langue, d'en noter les mots et les formes, d'en écrire sous la dictée le folklore. Ça ne peut pas être autre chose qaue très important. tout cela est légalement l'oeuvre de Motylinski. c'est assez curieux. c'est un gros travail, il suppose chez son auteur, j'entends l'auteur réel, le feu sacré sans quoi rien n'aboutit, le feu sacré laïque, intellectuel, la rage de comprendre. qu'est-ce que ces sentiments-là faisaient chez un moine? Il est vrai que ce moine, quand on l'approchait, on le voyait très fin, très cultivé, très curieux. on distingait très bien que l'intellectuel n'était pas mort et il est naturel qu'il ait fini par reprendre le dessus. cette poussée des vieux instincts a certainement fait peur au chrétien. peur des pièges du malin, si vous voulez; peur de cet orgueil d'auteur qui est notoirement l'un des plus venimeux. s^rement aussi il en sentait la puérilité, le néant des choses le pénétrait; il avait le sourire, la satisfaction d'une plaisanterie réussie, autant que ces sentiments un peu laïques peuvent prendre une tournure religieuse. j'imagine qu'il était profondément reconnaissant à ce macchabée académique (Motylinski) sous le nom duquel il a pu penser dans péché, ou du moins reconnaissant à Dieu qui l'avait mis sur son chemin à point nommé.... J'avoue que moi aussi, malgré ma tare professionnelle, j'ai été bien moins impressionné par l'esxplorateur et le philologue que par le moine... Un exporateur, un philologue, ce sont des gens que je respecte beaucoup, cela va sans dire, mais j'en ai rencontré beaucoup; si de Foucauld n'avait été que cela, on n'aurait pas senti à l'approcher l'attrait d'une personnalité exceptionnelle. par tous ses instincts profonds, c'est moine qu'il était, ou plutôt ermite. il était né ainsi, il mit seulement un peu de temps à trouver sa voie. les instincts profonds de l'ermite apparaissent déjà dans l'explorateur. de Foucald a parcouru le Maroc inconnu, sous un déguisement de juif: et on sait l'abjection du juif marocain soumis encore au régime du ghetto. De Foucauld s'est mis sous la protrection du mépris public. C'est ingénieux, ça produit des résultats remarquables. mais ce déguisement n'a tenté personne, de Foucauld est le seul qui l'ait jamais porté au Maroc, peut-être même dans le monde musulman tout entier... Ç'a été de longs mois de vie juive et musulmane, de contact intime avec ces religions de l'Orient qui prennent toute l'âme, qui ont conservé toute leur virulence. De Foucauld en sortit imprégné de sentiments islamiques. on dit que ç'a été très loin, et qu'il envisagea quelque temps une conversion à l'Islam. ce sentiment-là faillit conduire le jeune explorateur au turban. du moins on me l'a dit et je l'ai cru. On a ajouté le nom du prêtre qui a conservé de Foucauld au christianisme. ce n'est pas un inconnu, quoique ce soit un oublié. .. À le voir, il n'apparaissait pas avec évidence qu'il fut moine plutôt que marabout. Sa robe en cotonnade pouvait être une gandoura; il avait sur la tête un succédané du fez. des indigènes s'y sont trompés. De Foucauld ne s'est jamais efforcé de dissiper l'équivoque. en quinze ans de Sahara, il n'a pas fait une seule conversion... Le souvenir m'est resté vif de la première conversation un peu abandonnée que j'ai eu l'honneur d'avoir avec lui. c'était pendant une marche de nuit. je sommeilais un peu sur mon méhari. le P. de Foucauld, mon voisin, marchait à pied à vcôté du sien, par mortification, je pense. Je fus réveillé par sa voix qui disait "Comme c'est beau!" Et ça l'était. sous une lune éclatante, on traversait le vieux volcan d'In-Ziza, absurdement déchiqueté."

"À ce régime, il a été extrêmement heureux, ce n'est pas niable, ça se voyait. il avait été jusqu'au bout de lui-même, il s'était réalisé tout entier, il était un type humain complet jusqu'à l'absurde. c'est peut-être le secret du bonheur. ses yeux éclatants de calme et de joie silencieuse."

 

Un message pour tous (p.295)

À partir de la vie et des écrits de Charles de Foucauld, on a tiré de multiples interprétations. son essage a été perçu souvent cdomme un appel du silence, une spiritualité du désert ou une forme d'érémitisme. d'autres ont vu surtout le converi, passé d'une vie de plaisir à l'ascèse la plus héroïque. on n'a pas manqué de l'utiliser aussi pour défendre les valeurs traditionnelles et les idé&ux nationalistes, et pour entretenir la nostalgie d'un passé idéalisé. À l'inverse, d'autres n'ont vu en lui que le marginal contestataire des institutions, le novateur en avance sur son temps, l'homme génial qui aurait su tout comprendre avant les autres, un homme d'avant-garde dans l'Église. Son engagement dans le processus colonial a suscité l'admiration des uns, la réprobation des autres On en a fait le modèle d'une stratégie missionnaire d'enfouissement ou au contraire le partisan d'une prédication urgente. certes, il ne manque pas de phrases prises dans ses écrits qui puissent légitimer chacune de ces perceptions contradictoires. rares sont ceux qui ont su le replacer dans le contexte exact de l'époque ou l'intrepréter en fonction de situations historiquezs plusz récentes. Il reste encore beaucoup à découvrir dans le détail de sa vie et la lecture de ses lettres pour le resituer dans la vérité cocrète de ses relations avec les hommes et les femmes dont il a voulu s faire proche. il en va de même de sa relation à Dieu.

Que nous reste-t-il de celui qui, jusquà la fin de sa viz a voulu imiter Jésus à Nazareth. Si un mot peut exprimer ce messge, c'est ce nom de Nazareth avec tout ce qu'il contient de réalisme historique, d'enseignement théologique, d'idéal mystique. il est un appel à vivre un amour passionné pour la personne de Jésus, dans les situations les plus ordinaires de la vie des hommes, comme les plus extraordinaires, à l'exemple de Jésus lui-même. jésus qui n'a pas échappé à la servitude des relations humaines, prenant lui-même la condition du serviteur pour vivre pleinement sa eelation unique d'intimité avec son Père, dans une famille humaine, un métiern un village ou sur les chemins de Palestine. ce réalisme de l'Incarnattion, Charles de Foucauld l'a vécu lui-même de manière exceptionnelle, dans les relations très personnelles avec des hommes et des femmes, dans une proximité de plus en plus grande avec eux, et ce, après avoir cru devoir le vivre loin de tous, dans le silence d'un monastère d'abord, puis dans la solitude d'un ermitage. La spiritualité de Nazareth peut se vivre dans toutes les situations. elle s'exprime dans un langage de présence à Dieu et de présence aux hommes, de partage de vie, d'amitié ert desolidarité. ce n'est ps une spiritualité du désert, ni de l'érémitisme. c'est au contraire une spiritualité de la relation dans ses deux dimensions humaine et divine: relation d'amour avec Dieu, qui s'est fait l'un de noous en Jésus - dont la présence est surtout recherchée dans l'Eucharistie - relation d'amour avec des hommes et des femmes dont on veut partager toute la vie à la place du serviteur, pour aimer comme Jésus, sans exclure personne, et en solidarité avec les plus pauvres.

 

 


Paul TEMPLIER - Le 11 Avril 2008

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article