1- Le Chemin de Damas, une lumière pour le monde

Publié le par Paulfeuillesdautomne.over-blog.fr

Le chemin de Damas,

une lumière pour le monde

1- Préliminaires

 

Un dimanche matin de mars 2009, en ouvrant la grande enveloppe publicitaire de « Terre Entière » et en mettant à la corbeille les trois cahiers habituels de propositions de voyages organisés, sans les regarder, une feuille tombe au sol. Celle-là, je la regarde. Elle annonce qu’à l’occasion de la clôture de l’année Saint Paul, un pèlerinage est proposé à Damas et en Syrie, du 27 Juin au 5 Juillet 2009. Cloture-AnneeSt-Paul.jpg 

 

Moi qui n’avais pourtant aucun projet de voyage, cette proposition me branche immédiatement. Je consulte mon agenda : mon absence à ce moment-là ne gênera personne ; pas même mes copains de vacances que je rejoindrai à Arrens avec quelques jours de retard. La somme de 1700 € pourrait m’arrêter, d’autant que le choix de chambre seul va m’amener à verser 300 € de plus ! En ce temps de crise n’y aurait-il pas d’autres priorités ? Prendre l’avion aujourd’hui, n’est-ce pas un contre témoignage ? Tant pis ! J’y vais… Je m’inscris immédiatement par Internet, en me disant que le soir même j’aurai peut-être des regrets. Eh bien non ! Dès lors, tout s’est enchaîné le plus simplement du monde.

 

D’où venait donc cet empressement ? De la curiosité pour la Syrie, pays déroutant, officiellement laïque mais très majoritairement musulman ; conduit par un président aux allures modernes, mais peut-être pas très démocrate ; intraitable sur la question du Golan qui l’oppose à Israël ; n’ayant jamais pris son parti de l’indépendance du Liban et pesant toujours sur l’avenir de ce voisin  instable ; ami de l’Iran, pourtant chiite ; capable peut-être de favoriser comme de contrecarrer des processus de paix. Autant de raisons pour moi, qui m’intéresse depuis longtemps au sort de Palestiniens, de saisir cette occasion.

 

Et puis un pèlerinage, ça me plaît, car c’est une garantie de sérieux du regard et de cohésion d’un groupe. De plus c’est un pèlerinage où nous allons être associés à des initiatives locales pour célébrer la clôture de l’année Saint Paul : nous allons donc rencontrer les communautés chrétiennes de Syrie, à la fois si minoritaires et si éclatées en multiples branches catholiques ou orthodoxes : maronites, syriaques, grecs catholiques… et peut-être comprendre comment ces régions, les premières évangélisées dès les débuts de l’Église par Saint Paul, sont devenues très tôt terre d’élection pour l’Islam.

 

L’année Saint Paul n’a sans doute pas eu un grand retentissement en France, en tous cas dans le diocèse de Nantes, et j’ai souvent pu mesurer comment Paul n’est pas très populaire dans le peuple chrétien qui trouve ses lettres bien abstraites. Ne sont-elles pas pourtant comme un cinquième évangile, tout entier tourné vers le Christ ressuscité ? Peut-être beaucoup de chrétiens d’aujourd’hui auraient-ils à faire leur chemin de Damas pour aller un peu plus de Jésus jusqu’au Christ ? 

 

00.GuideContrairement à ce que j’ai fait il y a deux ans, lisant tout ce qui me tombait sous la main sur Charles de Foucauld pour mieux mettre mes pas dans les siens jusqu’à Tamanrasset, cette fois je n’éprouve pas le besoin de me documenter, pensant préférable d’avoir des yeux neufs. Je ne feuillette même pas le guide que "Terre Entière" nous a envoyé. Je prends seulement contact avec Sophia, dont j’ai baptisé le fils Mihol il y a un an à Saint Jean, et qui a passé les 22 premières années de sa vie en Syrie. Sa maman, Mme Charestan, avec qui j’ai déjeuné le jour du baptême, a passé presque toute sa vie là-bas et y a toujours beaucoup d’amis, y compris dans la hiérarchie de son Église.. Peut-être est-ce elle qui m’a mis en appétit de découvrir ce pays, son histoire, ses inquiétudes…

 

La veille du départ, j’envoie un courriel à un bon nombre d’amis pour leur annoncer dans quel esprit je me suis inscrit à ce voyage : « Il semble que nous ayons au programme bon nombre de rencontres avec des responsables avec diverses communautés chrétiennes et aussi musulmanes. Les Églises chrétiennes sont assez bien implantées en Syrie. Elles sont fières de parler l’Araméen, la langue même de Jésus. Mais il semble que leur visibilité se réduit de plus en plus… Je ne sais pas trop comment se situe l’Islam là-bas. En principe, c’est un pays laïc, mais pas neutre, ami de l’Iran, en tension avec Israël et n’abandonnant pas tout à fait ses visées sur le Liban. Pourrait-il jouer un rôle dans un processus de paix ? »

 

Les préparatifs ont été on ne peut plus simples. Il m’a tout de même fallu acheter un sac à roulettes, car je ne me voyais plus le porter la martingale autour du cou. Tiens ! Il est de fabrication chinoise ! Je ne le remplirai même pas, puisque le voyage est seulement de 8 jours et que la température annoncée est d’environ 37°. Par contre il me faudra le rouler de chez moi jusqu’à la gare, car ce samedi matin 27 Juin, à 5 h 30 du matin, les busways sont espacés . Je ne serai d'ailleurs pas rassuré quand, vers 6 h. du matin, en arrivant au bout du pont Aristide Briand, je croiserai un bande de jeunes complètement ivres et déjantés qui pourraient bien s'amuser à me faire peur. Ouf ! ils ne font pas attention à moi...

 

Pour mémoire: Orage au Levant (article du Monde du 12 Juin 1989)


                    Vingt ans de promesses non tenues 

 

Le 15 mai 1939, le cabinet Boukhari a démissionné pour protester contre les atermoiements de la puissance mandataire. la formation d'un nouveau gouvernement acceptable par le haut-commissaire, Gabriel Puaud, provoque des manifestations. le 23 Juin, la Chambre syrienne vote à l'unanimité un texte; il affirme sa sympathie pour la démocratie française, menacée par l'Allemagne hitlérienne, mais souligne avec vigueur son attachement au traité franco-syrien du 9 septembre 1936, lequel prévoyait l'indépendance trois ans après avoir été ratifié. il ne l'a toujours pas été..

le 23 juin, la France cède à Ankara le Sandjak d'Alexandrette, territoire jouxtant la Turquie dont elle a la charge mais qui ne lui appartient pas: les nationalistes arabes sont exaspérés de voir brader leur terre; les chrétiens d'Orient se sentent trahis, étant coupés du fleuron de Sandjak, Antioche (rebaptisée Antakia par les Turcs), siège séculaire de cinq patriarcats, leur mémoire religieuse. l'émotion est si vive que le président de la République syriennedémissionne le 7 juillet et que, le 10, le haut-commissaire dissout la Chambre, suspend la Constitution et nomme un conseil gouvernat par décret.

depuis 1920, date de l'entrée en vigueur du mandat, l'incompréhension a présidé aux relations franco-syriennes et, par une sorte de fatalité, elle semble perdurer jusqu'à nos jours. les Syriens avaient mal accepté le principe même du mandat. son application les révolta: alors qu'il aurait dû être par définition une tutelle légère et temporaire, les Français avaient imposé une administration directe, relevant du système colonial, comme dans les protectorats de Tunisie et du Maroc.


                                                 Des émeutes éclatent  

        

Le 25 avril 1920, à San remo, le conseil suprême allié confie les mandats à Paris et à Londres. Des émeutes éclatent. Le 25 Juillet, Gouraud bombarde Damas et chassent le roi, que les Britanniques consolent en l'installant sur le trône d'Irak. les nationnalistes ne pardonneront pas ce nauffrage du Royaume arabe et de leur rêve brisé. les affrontements ne cesseront plus guère. la victoire du Front populaire en mai 1936, permet de sortir du cercle vicieux: le traité tant réclamé est enfin signé le 9 septembre. les Syriens n'imaginent pas qu'il leur faudra attendre encore non pas trois ans, comme promis, mais dix ans pour que leur indépendance soit effective.

en juillet 1938, la France conclut un traité d'amitié avec la Turquie et, après avoir tergiversé, annonce en décembre qu'elle ne ratifiera pas le traité franco-syrien sans garanties supplémentaires concernant les minorités. lma seconde guerre mondiale éclate le 3 septembre 1939. les Forces françaises libres font leur entrée en Syrie le 8 Juin 1941. le même jour, le général Catroux, délégué général, désireux de rallier les populations locales et de neutraliser les Vichystes, proclame au nom de la France libre que Libanais et Syriens seront 'des peuples souverains et indépendants' qui pourront 'soit se constituer en États séparés, soit s'unir dans un seul État'.. le 28 septembre, il réaffirme l'indépendance de la Syrie.

en octobre 1943, les gouvernements des deux pays demandent le transfert des pouvoirs et la transformation de la délégation générale en ambassade. pourtant, ce n'est qu'après d'apres négociations que ce tranfert commencera le 1er janvier 1944 pour s'achever en 1945. quant à l'évacuation des troupes françaises de Syrie, elle ne sera terminée que le 7 avril 1946...      Paul Balta

                                                                                                                                                          

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Publié dans Le chemin de Damas

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