2- Samedi 27 Juin 2009 - de Roissy à Damas
Il me faut prendre dès 6 h 04 le TGV qui me conduit directement à Roissy où j’arrive presque deux heures avant l’heure du rendez-vous. Le temps de découvrir cette usine à voyage avec ses différents terminaux et d’apprendre à manœuvrer le sac à roulettes dans les escalators. Peut-être devrais-je prendre un en-cas, car le décollage n’est prévu qu’à 13 h 30. Mais il est à peu près sûr qu’on nous servira un repas dès le début du vol, d’autant que nous allons voyager avec Air-France.
Vers 11 h 30, je me dirige vers le Terminal E où nous avons rendez-vous. J’observe les gens qui arrivent et qui vont peut-être devenir mes compagnons de voyage. Quelques très brèves présentations s’engagent. Nathalie Brousse, de Terre Entière, qui va être notre accompagnatrice, vient à nous, avec le petit sac portant le logo, elle nous distribue le badge que nous nous accrochons à la chemisette, prend nos passeports pour qu’y soit porté le visa et nous entraîne dans un dédale qui n’en finit pas avant d’arriver aux guichets d’enregistrements et à la salle d’embarquement. Le groupe a déjà du mal à ne pas se disloquer !
La fouille est détaillée : il faut tout sortir de ses poches et même enlever la ceinture du pantalon, avant d’être palpé par la douane. Nous allons prendre le vol Air France 510.
En quittant la salle d’embarquement, je marche juste derrière un couple de voyageurs, avec deux jeunes enfants, dont la femme est entièrement voilée, sans qu’on puisse voir ni ses yeux, ni ses mains, y compris celle qu’elle donne à son tout-petit. Soudain , elle laisse tomber des papiers et une banane. Elle ramasse vivement les papiers et repart, laissant la banane sur le sol. Je la ramasse et lui dis : « Madame, vous oubliez quelque chose ! » Elle se retourne, prend la banane, pendant que le mari revient vivement, mais je ne verrai pas ses yeux, ni n’entendrai le son de sa voix. Marcel, compagnon de voyage qui sera assis tout près d’eux dans l’avion, me dira que pour manger, elle passait tous les aliments par-dessous son voile.
À 13 h 30, nous sommes installés dans l’Airbus. Je suis près du hublot : j’adore voir le paysage. Nous allons peut-être passer au-dessus des Alpes ? Presque aussitôt le décollage, un déjeuner nous est servi : j’étais à jeun depuis 5 h du matin ! Ma voisine, Mme Roquefeuil (car nous sommes par ordre alphabétique) me raconte qu’une des raisons de ce voyage, c’est d’aller sur la tombe de son père, près de Damas. Il sortait de Saint Cyr et était officier dans une unité de tirailleurs sénégalais. En 1941, il y eut un accrochage entre les troupes françaises restées fidèles à Vichy, dont il était, et une unité de troupes anglo-françaises. Il y a laissé sa vie et y a été enterré au cimetière militaire de Dmeir. Elle même est née à Damas, en 1940 et sait dans quelle église elle a été baptisée. Elle est déjà revenue une fois pour retrouver les traces de son père, mais, cartes en mains, on les a pris pour des espions, arrêtés et expulsés !
Sur le rang devant nous, c’est une famille qui arrive du Canada. Christella, 7 ans, joue un peu avec moi. Elle me dit qu’elle est déjà venue une fois, dans le ventre de sa maman. Je lui demande laquelle des deux langues elle préfère : la français ! Nombreuses doivent être les familles qui se sont exilées et reviennent au pays à l’occasion des vacances.
Je ne verrai pas les Alpes, mais différentes côtes et îles que je n’arriverai pas à identifier. Avec le décalage horaire d’une heure, nous nous apprêtons à atterrir à Damas juste au coucher du soleil. Dans cette demi-clarté, j’ai l’impression d’arriver dans un pays désertique. Atterrissage sans problème. Réunis dans le hall de l’aéroport, nous constatons que deux valises ont été perdues. De plus l’une d’entre nous ne trouve pas son passeport : elle est sûre qu’il est tombé près de son siège dans l’avion, ce qui, après bien des démarches tendues, s’avèrera vrai ! Tout cela nous fait poirauter deux heures, debout.
Nous en profitons tout de même pour faire connaissance avec celle qui sera notre guide tout au long du voyage. Elle s’appelle Raghad Khoury (à gauche sur la photo). Elle était ingénieur béton, mais ça ne payait pas assez. Je crois comprendre qu’elle est maintenant professeur en école d’architecture. Et elle est régulièrement enrôlée par Terre Entière qui la considère comme l’une des meilleures guides. Elle est arabe, bien entendu et aussi chrétienne, mais peut-être pas de l’Église catholique. En tous cas nous l’apprécierons beaucoup pour sa compétence, sa liberté de parole, son attention à chacun. Elle connaît un peu la famille de Sophia Charestan et ses enfants vont à la chorale où allait Sophia. Elle se souvient aussi d’un frère musicien, peut-être aux Etats-Unis aujourd’hui.
Il doit bien être 22 h quand nous partons en car jusque sur les hauteurs de Damas d’où la vision de la ville illuminée est féerique. Les immenses photos de Bachar El Assad sont en pleine lumière et des jeunes couples viennent se prendre en photo devant leur président.
Nous nous installons pour dîner dans une sorte de restaurant aux palissades légères et aux baies largement ouvertes sur la ville. Nous découvrons le type de repas que nous aurons de nombreuses occasions de faire : il y a sur la table une multitude de plats de crudités ou de légumes cuits dans les quels nous nous servons à volonté sans trop savoir ce que nous avons dans notre assiette. On en reprend même, car notre léger déjeuner en survolant la France est rendu loin. Mais, alors qu’on croit avoir presque terminé, voilà qu’arrive un vrai plat de viande (poulet, bœuf) avec légumes assortis, ou riz, ou même frites (qui manqueront rarement). Bon nombre d’entre nous s’offrent en prime, soit un bon bock de bière, soit un grand verre de vin, blanc ou rouge, du terroir local ou du Liban. Avec mon ami Marcel, nous ferons assaut d’amabilité pour nous offrir mutuellement ce verre de vin, quand il ne nous sera pas gentiment payé par d’autres convives. La convivialité commence à s’installer entre nous.
Mais il est temps de rentrer à l’hôtel : je suis levé depuis 4 h 30 et il doit bien être une heure du matin ! Nous rentrons en car à notre hôtel. Sophia m’avait prévenu : l’hôtel Sheraton, Place des Omeyyades, c’est du haut de gamme, sans doute 4 étoiles. Comme j’ai demandé une chambre individuelle (moyennant 300 et quelques € de supplément), j’ai pour moi un immense lit de 2 m 20 de large. Je m’aperçois que je capte une télé française, sans doute TV 5, mais je tombe de sommeil et le bruit de la climatisation ne m’empêchera pas de dormir. Certains seront réveillés en pleine nuit par le muezzin, mais je n’ai rien entendu.
