8- Vendredi 3 Juillet 2009 - Site archéologique de Palmyre - Retour à Damas
C’est un site très ancien, remontant au 2° millénaire avant JC. C’est la plus grande oasis de Syrie après Damas, « la palme des oasis », ville caravanière, siège d’un État indépendant, parlant une langue proche de l’araméen, cherchant à faire l’équilibre entre les deux forces. Les Romains laissent Palmyre tranquille. Hadrien lui donne le nom de ville libre « Adriana-Palmyre ». Palmyre voit passer toutes les belles choses, soieries, épices. L’homme palmyrien était influencé par les cultures environnantes et s’habillait en romain, en parthe, en athénien. La femme représentait la racine, la permanence.
La famille d’Odeinat va prendre en charge, contre les Safanides, la prospérité de Palmyre. Sa femme, Zénobia, tient tête à Aurélien, mais Palmyre décline. Les caravaniers ont trouvé des routes plus courtes et plus sécurisées (par Alep). Ce sont des voyageurs anglais, puis français du 19° s. qui relevèrent en dessins les richesses du site, le P. Sadignac ( ?) puis l’abbé Jean Starcky, prêtre de Paris et célèbre archéologue du 20° s. publia en 1948 "Palmyre, la fiancee du désert".
Nous visitons d’abord des tombeaux, « la maison de l’éternité », cinq étages, source d’eau, tour en grès. Le rez-de-chaussée le plus décoré (200 squelettes trouvés), la tombe des trois frères : 675 places, avec des rangées de « loculi », sortes de « tiroirs » où étaient rangés les cadavres, qui peuvent dater des 1°/2° s. après JC, et qui laissent entendre que la vie ne s’arrête pas avec la mort.
Puis le temple de Bel (= Baal) qui a supplanté les autres dieux, et qui était entouré du dieu du soleil et du dieu de la lune et entouré des signes du zodiaque. On venait en procession offrir des sacrifices de chameaux, de chèvres, de gros volailles. Le 6 Avril était la grande fête. Lien avec le printemps ?
L’Arc de triomphe, situé sur la grande colonnade, élevée aux 2°-3° s., est richement décoré. Nous visitons aussi le théâtre, très bien restauré, l’Agora, vaste enceinte carrée, dont les murs ont été conservés, et qui était plutôt un marché qu’une assemblée politique. L’ensemble est d’une grande beauté et fait de Plamyre le site le plus prestigieux et le plus envoûtant de la Syrie.
À l’une des extrémités du site, des spécialistes sont en train de décorer de plantes vertes, de tentures, de projecteurs, un vaste espace où va se dérouler, demain sans doute, un mariage de milliardaires ! Durant toute cette visite, des enfants, des jeunes, des hommes, les bras chargés d’étoffes, de draperies, de gadgets, nous poursuivent et nous forcent la main pour acheter. Ils ne repartiront pas bredouilles !
Bon déjeuner dans un restaurant de la palmeraie de Palmyre. Je trouve même un rouleau de pellicules à acheter. Avons-nous visité le musée, particulièrement intéressant pour ses sculptures, d’après le guide ? Je ne m’en souviens pas et n’en trouve pas trace dans mon petit carnet. Et nous reprenons la route pour Damas.
Raghad se lance dans une explication au sujet du Coran, de l’Islam et des deux grands branches de l’Islam : les Sunnites et le Chiites. La révélation contenue dans le Coran est la Parole de Dieu qui a été transmise à Mohamed entre 610 et 630, à La Mecque. En 622, il fuit à Médine : c’est l’Hégire, dont la date marque le début du calendrier musulman. Puis il revient à La Mecque en chef temporel.
Elle nous redit que la première femme de Mohamed était chrétienne et plus précisément Nestorienne. C’est elle qui rapporte les paroles de Gabriel à Mohamed. Celui-ci était orphelin de père et de mère : élevé chez son oncle, il garde les troupeaux avec son cousin Ali… qui épousera la fille bien-aimée du prophète, Fatima.
Mohamed pose les fondations d’un état dont il sera le chef. La guerre éclate entre ceux qui le suivent et ceux qui veulent se retirer. À la mort de Mohamed en 632, les compagnons du prophète élisent un Calife, qu’Ali finit par accepter. Mais il refuse le Calife suivant. La politique s’oppose à la poétique. Osman, du clan des Omeyyades, s’installe et tue ceux qui étaient contre lui. Ali a-t-il tué Osman ? Une femme le dénonce. Tous ceux qui ont suivi Ali, on les appelle les Chiites, c’est à dire « les déviants ». Les autres suivent « la Sunna » (c’est à dire le Coran) : on les appelle les Sunnites. Qui sera le fils élu ? Il y a toujours un Imam à la tête des Sunnites.
Le proche Orient fut la première région conquise par les musulmans à l’extérieur de la péninsule arabique. C’est à Damas qu’est né le premier empire musulman. Avec les Omeyyades, devenus Califes héréditaires, l’Islam devient religion et civilisation.
En Syrie, les Sunnites sont majoritaires à 80%. C’est la branche orthodoxe, légaliste de l’Islam. Il y a aussi ceux qu’on appelle les Alaouites, descendants d’une branche chiite. Les Chiites, majoritaires en Iran, contestent la fidélité des Sunnites au Prophète. Il passent pour être plus humains, ils extériorisent volontiers leurs sentiments par des cris et des larmes. Les Sunnites sont plus soudés. Le président Afed El Assad, Alaouite d’origine, s’est fait sunnite. Une chose est ressortie à plusieurs reprises, que Raghad confirme, c’est la grande qualité littéraire et même poétique du Coran : « J’aime la langue colorée, imagée, poétique ». Le mot Coran veut d’ailleurs dire « récitation ». Et le mot Islam veut dire « soumission ». Ces mots sont lourds de sens et de contraste avec le christianisme…
* En 2013, il apparaît que c'est vite dit que les Assad auraient abandonné le groupe Alaouite pour le Sunnisme. Et dans son livre "Passion Arabe", gilles Képel évoque la curiosité que représente ce groupe des Alaouites. (pages 426-430)
Le Père Bressolette, imaginant le départ d’Abraham d’Ur, en Chaldée, pour aller vers le pays que le Seigneur lui avait promis, c’est à dire suivant peut-être l’axe même sur lequel nous roulons en ce moment, nous parle de la place d’Abraham dans le Nouveau Testament. Il nous commente quelques textes :
- - Galates, chap. 3 : Tous les croyants du judaïsme, du christianisme et de l’Islam sont les fils d’Abraham qui a reçu de Dieu la promesse de devenir un peuple immense. Ce n’est pas par la loi, venue 430 ans plus tard, avec Moïse, que s’obtient la réalisation de cette promesse, mais par la foi. Et c’est par le Christ que cette promesse s’universalisera et sera offerte à tous les hommes sans distinction.
- - Romains, ch. 4 : ce qui nous sauve, c’est la justice qui vient de la foi, et non des œuvres. Abraham est le Père aussi bien des incirconcis que des circoncis, puisque la circoncision est postérieure à la promesse.
- - Hébreux, ch. 11 : « Par la foi, Abraham obéit et partit pour un pays qu’il devait recevoir en héritage et il partit sans savoir où il allait ». La foi est un moyen de posséder déjà ce qu’on espère, un moyen de recevoir ce que nous ne voyons pas.
- - Evangile de Jean, ch. 8 : Qui est la vraie postérité d’Abraham ? « Serais-tu plus grand que notre Père Abraham, qui est mort, et les prophètes aussi sont morts !… Jésus répondit : « Abraham, votre Père a exulté dans l’espoir de voir mon jour : il l’a vu et il a été transporté de joie ! » - « Tu n’as même pas 50 ans et tu as vu Abraham ? – En vérité je vous le dis, avant qu’Abraham fut, je suis ! »
Nous faisons un bref arrêt devant le cimetière militaire où est enterré le papa de Catherine, tué en 1941 dans un combat entre l’armée de Vichy et les Anglo-français. C’est justement demain que Catherine doit revenir se recueillir sur cette tombe.
En réponse à des questions, Raghad évoque plusieurs points. Service militaire : seuls les garçons non uniques font un service de 2 ans ½. À la campagne, les familles ont beaucoup d’enfants. Les familles chrétiennes ont deux ou trois enfants. La polygamie est autorisée officiellement car la loi coranique l’emporte sur la loi civile, mais elle est très rare. Pourtant elle reprend dans les milieux aisés, mais on fait semblant de ne pas savoir. La loi musulmane autorise le divorce. La loi civile protège un peu plus la femme. Les musulmans disent que les chrétiens sont hypocrites par rapport à la fidélité. Beaucoup de jeunes cohabitent plus ou moins ouvertement, même des femmes voilées, c’est une évolution marquante.
L’influence de la France s’est beaucoup estompée. Pourtant un Centre Culturel Français demeure, et fait autorité sur le plan scientifique et le plan pédagogique. La bibliothèque n’est pas très riche, mais se développe. Les concerts qui y sont organisés sont très fréquentés. Le lycée français est très coté, mais hors de prix. Les lycées tenus par des congrégations ont été nationalisés.
Nous voilà de retour à Damas. Notre hôtel Beit Zaman, avec sa belle cour intérieure, est en quartier chrétien. Nous prenons possession de nos chambres, toujours haut de gamme et partons dîner dans le quartier des Omeyyades. En passant, j’aperçois un couple comme en prière devant une image de l’adjoint de Ben Laden. Dans ce restaurant, où nous reviendrons aussi demain soir, nous nous déplaçons pour aller nous servir, avec l’énorme choix habituel de mets pas toujours évidents à identifier. Nouveauté : un derviche tourneur vient se produire dans la salle du restaurant. Au bout de quelques minutes, on n’y fait plus trop attention. Je me trouve à table avec des gens à qui je n’ai guère eu l’occasion de parler depuis le départ : ils me disent avoir un passé chrétien mais se situer aujourd'hui plutôt en agnostiques.

