Samedi 17 Mars 2007 - El Goléa
Les récriminations de plusieurs vont porter leurs fruits : nous allons nous lever un peu plus tôt encore, avant le lever du soleil, pour visiter un peu cette belle ville ocre de Timimoun que nous n’avons fait qu’apercevoir ! Mais il nous faut être avant midi à El Goléa. Soit à 360 kms.
Nous allons donc encore dérouler un long ruban de goudron, d’autant que l’après-midi nous aurons encore 270 kms jusqu’à Ghardaïa. C’est un peu une course contre la montre, mais comment faire autrement ?
C’est le prophète Élie que Marcel nous invite ce matin à découvrir. El, Élie, Élohim, Allah .. = Même famille, qui a rapport avec Dieu. « Élie partit pour sauver sa vie ! »… Dans le désert, marcher est parfois la seule manière de tenir debout. « Lève-toi, n’aie pas peur » Élie marche 40 jours jusqu’à l’Horeb. Dieu va se manifester à lui de manière inattendue, dans « le souffle d’une brise légère » ou « la voix d’un fin silence ». Dieu n’est pas une voix ! « Dieu silence, tu nous as parlé ! ». Élie, brûlant de fureur devant Jézabel, devient doux.. Il y a un lien entre désert et Parole, comme si Dieu ne pouvait bien parler qu’au désert.
El Goléa, ville en plein désert, trente mille habitants environ. L’agglomération ancienne est composée de maisons en terre qui rappellent les tatas du Mali. Nous n’avons malheureusement pas le temps de nous arrêter, ni d’aller voir les ruines du vieux ksar qui domine la ville et d’où l’on découvre toute la palmeraie. C’est à travers cette palmeraie très étendue que nous cherchons à tâtons, l’église Saint Joseph, première église du Sahara, consacrée en 1938 et toujours affectée au culte catholique. Sauf qu’il n’y a qu’un père blanc et 3 sœurs blanches qui habitent El Goléa.
En attendant le Père René Leclerc, un nantais de 82 ans qui est présent ici depuis 50 ans, nous visitons le cimetière « métis » (couples mixtes, militaires), dans lequel se trouve la tombe de CdF depuis 1928 ( ?). Il a été exhumé de Tamanrasset à l’approche de la guerre, et a été transféré dans ce lieu considéré comme plus sûr. Sur la tombe, il y a cette belle parole de Charles : « J’ai crié l’évangile par toute ma vie ». Il y a malheureusement un petit texte que j’apprécie beaucoup moins et qui dit que CdF a été enterré là « En attendant le jugement de l’Église ! » Charles de Foucauld vient d’être béatifié. On ne parle pas pour autant de transférer ses cendres… Mme de Blic, sa petite nièce, est particulièrement émue sur ce site.
Nous célébrons l’Eucharistie dans l’église Saint Joseph. Nous y sommes moins à l’aise qu’à Béni Abbès ! Puis nous déjeunons à l’ombre de l’église, l’intendance étant assurée par des gens du cru.
En repartant, nous nous arrêtons dans le magnifique musée préhistorique dont la collection a été réalisée par les pères Blancs. René Leclerc en est le « conservateur ». Il nous fait découvrir les roses des sables, de toutes dimensions, les bifaces, les œufs d’autruches, les crânes, les concrétions calcaires. Là, je peux bavarder un bon moment avec lui, lui transmettre le bonjour de sa cousine, Monique C. Il me demande des nouvelles de ses copains de cours et, une fois encore, je tombe en admiration devant ces hommes qui ont donné toute leur vie, dans la gratuité la plus totale, au service des algériens et de l’évangile et qui respirent la paix. Pourquoi ai-je écrit en marge de mon petit carnet : « J’étais un trésor et vous ne m’avez pas cherché ».
En route vers Ghardaïa… Ici et là, des chameaux en pleine « nature », là où il y a un petit quelque chose à manger. Le sable recouvre parfois la route. On va sentir peu à peu qu’on approche d’une grande ville à la circulation qui va devenir un peu plus intense. En plein désert, soudain, un immense champ de luzerne ( ?) bien verte, avec arrosage… et un bon troupeau de moutons. Est-ce un essai de culture ?
Souad nous parle longuement de son Algérie. Le Sud Algérien représente la moitié de l’Algérie. Le Hoggar à lui seul est presque aussi grand que la France. On y trouve des sommets de plus de 3000 m. L’Assecrem (qui veut dire « arrête-toi et regarde ») est à 2700 m. La région de Djanet, à l’Est, est un parc superbe, avec sable ocre et cañons. Le plateau du Ténéré est au patrimoine mondial de l’UNESCO : c’est le plus beau désert du monde.
Ghardaïa, où nous serons tout à l’heure, est une ville qui a 1000 ans. Avec les trois villes qui la jouxtent, cela fait un ensemble de 400.000 hab. C’est à la fois une ville moderne, pas très éloignée d’Hassi Messaoud et des puits de pétrole, donc ouverte aux influences européennes. C’est aussi une ville de tradition musulmane très archaïque et peu tolérante où les Mozabites ont une position dominante. Beaucoup de gens en habit traditionnel et de femmes totalement voilées avec un seul œil ouvert. Il est bien sûr tout à fait exclu de les prendre en photos. Souad est surprise que l’évêque catholique du Sahara soit venu s’installer là, au lieu de rester à Laghouat, à 200 kms plus au Nord, comme autrefois.
